À l’approche de la Tabaski, beaucoup de pères de famille vivent dans l’angoisse et la dignité blessée. La peur de ne pas pouvoir assurer le mouton, les dépenses familiales ou simplement offrir une fête décente à leurs enfants pèse lourdement sur les consciences. Derrière les sourires de façade, il y a un peuple qui souffre silencieusement de la vie chère et de l’incertitude sociale.
Pendant ce temps, le débat public est malheureusement accaparé par des calculs politiciens, des affrontements institutionnels et une personnalisation inquiétante de nos institutions. Le peuple assiste, impuissant, à une mise en scène institutionnelle qui semble déconnectée des véritables urgences sociales.
Le spectacle offert à l’Assemblée nationale donne aujourd’hui l’impression d’un pouvoir traversé par des tensions et des contradictions profondes, au moment même où les Sénégalais attendent des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes.
Beaucoup de citoyens ont le sentiment que même le Président de la République semble subir une situation politique qui lui échappe progressivement, avec des rapports de force institutionnels qui exposent davantage les divisions du pouvoir que la stabilité de l’État. L’élection de l’ancien Premier ministre à la tête de l’Assemblée nationale, quelques jours seulement après son limogeage, renforce dans l’opinion l’image d’un malaise au sommet de l’État.
Or, une République ne peut être forte lorsque les institutions semblent dépendre des hommes plutôt que des principes. La démocratie exige au contraire le respect strict de la séparation des pouvoirs, l’équilibre institutionnel et la préservation de l’autorité morale de l’État.
Quand l’Assemblée nationale devient le prolongement des rivalités politiques, quand les institutions donnent le sentiment d’être instrumentalisées au gré des intérêts du moment, c’est la confiance des citoyens qui s’effrite progressivement.
Le Sénégal mérite mieux que des démonstrations de force ou des mises en scène politiques. Le peuple attend des dirigeants de la hauteur, du sens de l’État et des réponses concrètes à ses souffrances.
L’histoire politique enseigne qu’aucune majorité, aussi forte soit-elle, ne peut durablement gouverner dans les tensions permanentes et les rivalités internes. La responsabilité des dirigeants est aujourd’hui de rassurer, d’apaiser et de remettre les préoccupations des Sénégalais au cœur de l’action publique.
Me Habib VITIN
Président du Mouvement “THIES D’ABORD”




